Comment ouvrir un salon de coiffure : étapes clés, budget, équipements et démarches administratives

Comment ouvrir un salon de coiffure : étapes clés, budget, équipements et démarches administratives

Ouvrir un salon de coiffure, c’est souvent le rêve de coiffeurs expérimentés… mais aussi un projet d’entreprise à part entière, avec ses chiffres, ses risques, et ses vraies opportunités. Autrement dit : ce n’est pas juste une histoire de ciseaux, c’est un business. Et comme tout business, ceux qui réussissent ne doivent rien au hasard.

Dans cet article, on va passer en revue les étapes clés pour créer un salon de coiffure rentable : étude de marché, positionnement, budget, équipement, démarches administratives… et surtout les erreurs à éviter si vous ne voulez pas que votre entreprise finisse en coupe ratée.

Définir le concept : votre salon n’est pas “juste un salon”

Si votre projet se résume à “ouvrir un salon de coiffure sympa”, vous partez déjà perdant. Le marché est saturé dans de nombreuses zones. La seule manière d’exister, c’est d’avoir un concept clair, lisible et différenciant.

Quelques questions à vous poser dès le départ :

  • Vous ciblez qui ? Urbains pressés, familles, clientèle haut de gamme, étudiants, clientèle afro, barbershop masculin, clientèle écoresponsable ?
  • Vous vendez quoi, au-delà de la coupe ? Expérience premium, prix cassés, rapidité, spécialisation (coloration, lissage, coiffure événementielle) ?
  • Vous vous installez où ? Zone de bureaux, centre-ville, quartier résidentiel, galerie commerciale, zone rurale ? Le concept doit coller au lieu.

Exemples de positionnements qui fonctionnent :

  • Barbershop urbain, ambiance lounge, produits premium, tickets moyens élevés.
  • Salon familial en périphérie, prix accessibles, amplitude horaire large, forte récurrence.
  • Salon spécialisé coloration/balayage en centre-ville, très instagrammable, fort travail sur l’image.
  • Salon “green” : produits vegan, sans ammoniaque, décoration naturelle, clientèle sensible à l’éthique.

Un concept flou, c’est un marketing flou, des clients moyens, des marges moyennes… et un résultat médiocre. Un concept précis, au contraire, attire une clientèle précise, prête à payer pour une promesse identifiable.

Étude de marché : regarder au-delà du trottoir d’en face

La plupart des coiffeurs regardent les salons voisins et s’arrêtent là. Mauvaise idée. Une étude de marché solide doit combiner observation terrain et données chiffrées.

À analyser sur le terrain :

  • Nombre de salons dans un rayon de 500 m à 2 km (selon que vous êtes en ville ou en zone rurale).
  • Types de salons : franchises, indépendants, barbershops, low-cost, haut de gamme.
  • Niveaux de prix pratiqués : coupes homme, femme, couleur, balayage, brushing.
  • Taux d’occupation visible : salons pleins / vides à différentes heures et différents jours.
  • Ambiance, qualité perçue, accueil, positionnement visuel (vitrine, déco, clientèle).

À compléter avec des données plus “macro” :

  • Population de la zone (INSEE), répartition par âge, niveau de revenu, catégorie socio-professionnelle.
  • Présence de bureaux, écoles, centres commerciaux, axes de passage.
  • Tendances de consommation : montée du bio, du masculin, de la coloration, du sur-mesure.

Objectif : vérifier qu’il existe un espace de marché pour votre salon. Si votre positionnement est “premium coloration” et que trois salons du même type sont déjà installés sur la rue, soit vous faites mieux, plus fort, plus visible… soit vous changez de zone.

Business plan : transformer un rêve en chiffres

Ouvrir un salon sans business plan, c’est comme couper les cheveux dans le noir : on finit toujours par regretter. Un business plan n’est pas une formalité administrative, c’est votre tableau de bord.

Il doit au minimum inclure :

  • Une estimation du chiffre d’affaires prévisionnel.
  • La structure de vos charges (loyer, salaires, produits, charges sociales, énergie…).
  • Votre seuil de rentabilité : à partir de combien de chiffre d’affaires mensuel vous commencez à gagner de l’argent.
  • Votre besoin en financement initial (apport + emprunt).
  • Un plan de trésorerie sur 12 mois (pour éviter la panne de cash au bout de 6 mois).

Pour estimer le chiffre d’affaires, basez-vous sur :

  • Le nombre de fauteuils exploitables.
  • Le temps moyen par prestation (coupe, couleur, brushing…).
  • Le taux de remplissage réaliste les premiers mois (30–40 %, pas 90 %).
  • Le panier moyen par client (services + produits).

Par exemple, un salon de 3 postes, avec un panier moyen de 45 €, un taux de remplissage ciblé à 60 % et une ouverture 6 jours sur 7 peut viser, à maturité, un chiffre d’affaires annuel compris entre 150 000 et 250 000 € selon le positionnement et la productivité. Mais la montée en charge prend du temps : prévoyez une progression sur 2 à 3 ans, pas une salle d’attente pleine dès le mois 2.

Quel budget pour ouvrir un salon de coiffure ?

Les montants varient fortement selon le lieu, le standing et le choix du neuf ou de l’occasion. Mais on peut dégager quelques fourchettes réalistes.

Pour un salon indépendant de 40 à 60 m², comptez généralement :

  • Travaux et aménagement : 10 000 à 40 000 € (électricité, plomberie, sols, peinture, déco, éclairage, mobilier sur mesure ou non).
  • Équipements de coiffure : 8 000 à 25 000 € (fauteuils, bacs, casques, postes de coiffage, petit matériel).
  • Stock de départ produits : 2 000 à 8 000 € (colorations, soins, styling, retail).
  • Frais de création et d’installation : 1 500 à 5 000 € (formalités, expert-comptable, dépôt de garantie bancaire, assurance…).
  • Communication de lancement : 1 000 à 5 000 € (enseigne, vitrine, site web, shooting photo, flyers, publicité locale, réseaux sociaux).
  • Trésorerie de sécurité : 5 000 à 20 000 € (pour tenir les premiers mois où les charges tombent mais pas encore les clients).

Au total, un projet raisonnable se situe souvent entre 30 000 et 80 000 € d’investissement global. En zone très premium, avec déco design et emplacement N°1, on dépasse aisément les 100 000 €.

En pratique, les banques demandent généralement un apport personnel minimal de 20 à 30 % du budget global. En dessous, il faut envisager des solutions complémentaires : prêt d’honneur, love money, réseau France Active, Bpifrance, aides régionales, voire partenariat avec une marque.

Équipements indispensables : ne pas se tromper de priorités

La tentation est grande de tout acheter en neuf, haut de gamme, dès l’ouverture. Mauvaise allocation de capital si les clients ne sont pas encore au rendez-vous. Il y a des postes où vous pouvez optimiser sans dégrader l’expérience.

Éléments principaux à prévoir :

  • Fauteuils de coiffage : confort, solidité, réglage en hauteur. De 300 à 1 000 € pièce.
  • Bacs à shampooing : ergonomie, soutien de la nuque, pression de l’eau, chauffe-eau suffisant. De 800 à 2 500 € pièce.
  • Postes de coiffage : miroirs, tablettes, rangements intégrés, prises électriques.
  • Casques, sèches-cheveux, lisseurs, tondeuses : ne pas rogner sur la qualité, ce sont vos outils de production.
  • Réception / caisse : comptoir, terminal de paiement, logiciel de caisse / réservation.
  • Mobilier salle d’attente : banquette, chaises, table, porte-revues, éventuellement boissons.
  • Rangements et buanderie : placards, chariots, machine à laver, sèche-linge (ou prestataire extérieur).

Sur quoi investir en priorité :

  • Le confort client aux bacs (la mémoire émotionnelle se joue souvent là).
  • Les outils de coupe et d’appareil : performance, fiabilité.
  • L’éclairage : qualité de lumière = qualité perçue des couleurs.
  • Un logiciel de gestion performant (planning, fichier client, statistiques, SMS de rappel).

Là où vous pouvez optimiser :

  • Certains meubles non techniques (salle d’attente, déco) peuvent être achetés d’occasion ou en grande distribution.
  • Les bacs et fauteuils peuvent parfois se trouver en reconditionné via des sites spécialisés, à condition de bien vérifier l’état réel.

Les démarches administratives : le “pas fun” mais obligatoire

Le secteur de la coiffure est réglementé. On ne s’improvise pas chef d’entreprise dans ce domaine sans cocher quelques cases légales.

Les points principaux :

  • Diplôme obligatoire : pour ouvrir et exploiter un salon de coiffure, il faut au minimum être titulaire d’un BP coiffure ou d’un BM coiffure. À défaut, il est possible d’employer un salarié qualifié qui en est détenteur et qui assumera la responsabilité technique.
  • Choix du statut juridique : micro-entreprise (souvent trop limitée pour un salon avec salariés), EURL, SASU, SARL, SAS… Le choix influe sur la protection sociale du dirigeant, la fiscalité, l’entrée d’éventuels associés. Un échange avec un expert-comptable est vivement recommandé.
  • Immatriculation : déclaration auprès du Centre de Formalités des Entreprises (CFE) compétent, obtention du SIRET, inscription au Registre du Commerce et des Sociétés (RCS).
  • Bail commercial : durée 9 ans, loyer, dépôt de garantie, charges, clause de destination (assurez-vous que l’activité “coiffure” est bien autorisée).
  • Assurances : responsabilité civile professionnelle, multirisque professionnelle (incendie, dégât des eaux, vol), éventuellement perte d’exploitation.
  • Déclarations spécifiques : affichage des prix, respect des normes d’hygiène, sécurité incendie, accessibilité PMR (personnes à mobilité réduite) selon la configuration de vos locaux.

Pensez aussi aux aspects suivants :

  • Contrat de collecte des déchets spécifiques (produits chimiques, colorations).
  • Contrat d’entretien pour les équipements (climatisation, éventuellement stérilisateur, etc.).
  • Respect du RGPD pour votre fichier clients (logiciel conforme, politique de confidentialité).

Rien d’insurmontable, mais des sujets à anticiper sous peine de perdre du temps, de l’argent… ou de subir un contrôle peu agréable.

Recrutement et management : la vraie difficulté cachée

Beaucoup de coiffeurs sous-estiment un point : ouvrir un salon et le faire tourner ne demandent pas les mêmes compétences. Être excellent techniquement ne suffit pas, il faut aussi savoir gérer une équipe, un planning, des comportements.

Avant de recruter, clarifiez :

  • Votre modèle : salon solo (vous seul), petite équipe (1 à 3 salariés), ou structure plus importante.
  • Votre politique salariale : fixe + variable (primes sur chiffre, vente de produits), avantages (formation, planning, ambiance, participation aux shows/concours).
  • Votre style de management : directif, participatif, responsabilisant. Dans un métier très relationnel, la culture d’équipe est déterminante.

Questions à vous poser pour éviter les mauvaises surprises :

  • Êtes-vous prêt à déléguer certaines prestations et à accepter que vos salariés soient, eux aussi, mis en avant par la clientèle ?
  • Avez-vous un cadre clair pour les horaires, les retards, la gestion des pourboires, le dress code ?
  • Avez-vous prévu un vrai parcours d’intégration (explication du concept, des règles, des objectifs) ?

Un salon qui tourne bien repose rarement sur un “coiffeur star” épuisé. La rentabilité se construit sur une équipe productive, stable et engagée.

Marketing et acquisition clients : sans trafic, pas de chiffre

Un salon magnifique, vide, reste un très beau naufrage. L’acquisition de clients ne doit pas être la dernière ligne de votre to-do list, mais un volet central de votre stratégie.

Avant l’ouverture :

  • Créez votre identité visuelle (logo, couleurs, style de communication).
  • Réservez votre nom de domaine, mettez en place un site vitrine simple mais clair.
  • Ouvrez vos comptes sur les réseaux pertinents : Instagram (indispensable), Facebook, Google Business Profile.
  • Commencez à publier des contenus : transformations, inspirations, avancée des travaux, coulisses du projet.
  • Proposez une offre “early birds” : listes d’attente, pré-inscriptions, carte de réduction pour les 100 premiers clients.

Après l’ouverture :

  • Travaillez vos avis Google et réseaux sociaux : chaque client satisfait est un ambassadeur potentiel.
  • Mettez en place des SMS de rappel de rendez-vous et de relance (clients non revenus depuis X mois).
  • Proposez un programme de parrainage simple et incitatif.
  • Animez votre vitrine : offres limitées, mises en avant saisonnières (rentrée, fêtes, mariages…).
  • Collaborez avec des commerces voisins, des photographes, des maquilleurs, des wedding planners.

Dans un métier aussi visuel, la qualité de vos photos et de votre feed Instagram peut littéralement faire la différence. Un balayage bien photographié génère parfois plus de réservations qu’une publicité classique.

Les erreurs classiques qui plombent un salon dès la première année

On voit revenir toujours les mêmes pièges :

  • Loyer disproportionné : un très bel emplacement… mais un loyer qui absorbe votre marge. En règle générale, le loyer (charges comprises) ne devrait pas dépasser 10 à 15 % de votre chiffre d’affaires cible, sauf stratégie très particulière.
  • Investissement initial trop lourd : déco de magazine, mobilier ultra design, mais pas assez de trésorerie pour tenir le temps de construire la clientèle.
  • Tarifs incohérents : vouloir être “pour tout le monde” avec une carte de prix floue, ni vraiment low-cost ni vraiment premium.
  • Absence de pilotage : pas de suivi du chiffre d’affaires journalier, du panier moyen, du taux de rebooking, des ventes de produits.
  • Manque de discipline financière : confondre chiffre d’affaires et argent disponible, puiser dans la caisse, repousser les charges sociales ou fiscales… jusqu’au mur.
  • Sous-investissement dans la communication : penser que “le bouche-à-oreille suffira” sans rien faire pour l’accélérer.

À l’inverse, les salons qui s’installent durablement ont généralement :

  • Un positionnement clair, assumé.
  • Des indicateurs de performance suivis chaque mois.
  • Une politique de prix cohérente avec la valeur perçue.
  • Un dirigeant qui se forme au business, pas seulement à la technique.

Se faire accompagner : un coût ou un investissement ?

Créer un salon de coiffure, c’est entrer dans le monde de l’entrepreneuriat. Vous pouvez décider de tout apprendre seul, par essais-erreurs. Ou vous pouvez vous entourer.

Ressources et accompagnements utiles :

  • Chambres de Métiers et de l’Artisanat : stages de préparation à l’installation, informations sur la réglementation.
  • Experts-comptables : choix de la structure, montage du prévisionnel, accompagnement bancaire.
  • Réseaux d’accompagnement : Initiative France, Réseau Entreprendre, BGE, France Active.
  • Formations business pour coiffeurs : gestion, marketing, fixation des prix, management.
  • Franchises et réseaux : ils prennent une partie de votre marge… mais offrent une marque, un concept, des outils, une aide à l’implantation. À analyser au cas par cas.

Le vrai arbitrage n’est pas “payer ou ne pas payer un accompagnement”, mais “payer tout de suite pour éviter certaines erreurs, ou payer plus tard en temps perdu, en stress et en argent mal investi”.

Ouvrir un salon de coiffure, c’est prendre le contrôle sur votre destin professionnel. Avec une vision claire, des chiffres maîtrisés, un concept assumé et un vrai sens du service, vous ne vous contenterez pas de coiffer des clients : vous gérerez un actif, une marque, une entreprise qui peut, à terme, se développer, se dupliquer, voire se revendre.